La chevre dans le reste du monde

Comme pour les ovins, les caprins migrèrent de leur berceau d’origine, que l’on peut globalement situer comme étant l’ancienne Mésopotamie. Ils prirent la direction de l’Europe, s’implantèrent aussi sur tout le pourtour de la Méditerranée, et d’autres partirent vers l’Asie.

Les races qui se développèrent dans toute l’Afrique du Nord et dans les pays arabes du Golfe Persique furent avant tout de très bonnes laitières, mais elles fournissaient également la viande aux nomades. Ces derniers avaient et ont encore de véritables troupeaux, contrairement aux habitudes européennes car une tribu nomade comprend toujours un grand nombre d’adultes et d’enfants, et les chèvres supportent mieux que les moutons, les fortes chaleurs avec une maigre nourriture. Et puis les nomades avaient remarqué que le lait cru de chèvre était nettement meilleur pour les enfants que celui des moutons ; on a su par la suite que le lait de chèvre ne renferme jamais de bacille de Koch. Les peuples arabes font aussi une boisson fermentée avec le lait de chèvre, le kéfir, d’origine qui veut dire délice ; cette boisson soigne très bien certaines affections gastro-intestinales. Et puis les arabes ont toujours élevé beaucoup de boucs pour la peau avec laquelle ils fabriquent encore les guerbas, des outres légères et isolantes, faciles à transporter.

Les races les plus répandues aujourd’hui dans tous ces pays sont la Nubienne et la Syrienne, deux races qui se sont bien acclimatées dans les pays africains du Sahel.

En Asie, les races les plus développées ont été et sont encore des races lainières. Au Tibet, on élève la race de Cachemire pour sa toison toujours aussi recherchée. La race Angora vient d’Asie Mineure et elle a longtemps été une telle source de revenus que les bêtes étaient même gardées par des soldats durant des siècles. Cette race Angora arriva en France dans les années 1830 et c’est surtout en Algérie que les colons français la développèrent.

A noter encore la présence d’une chèvre sauvage aux Etats Unis, dans les Montagnes Rocheuses, il s’agit de la chèvre des Neiges dont la robe reste blanche toute l’année et dont le poids du mâle peut dépasser les 150 kg.

Les belles étrangères

La Boer, la race à viande

Une des plus récentes races de chèvres en Europe est la Boer, une espèce originaire d’Afrique du Sud. Des embryons ont été exportés en Allemagne de l’Ouest en 1983 et depuis lors, la Boer a trouvé sa place en Israël, Irlande, Grande Bretagne et même en France. En dehors de la couleur particulière des Boer, une tête de couleur châtaigne avec souvent une flamme blanche et un corps blanc, ainsi que son évidente docilité, sa principale particularité est la taille de son corps et sa morphologie qui fait de la Boer une race à viande très fine. Mâles et femelles portent des cornes.

Bouc Boer

Bouc Boer

L’Anglo-nubienne

Cette chèvre provient d’un croisement des élevages britanniques et de ceux importés de l’Est. Depuis la fin du 19ème siècle, des chèvres étaient transportées sur les paquebots de la P & O (Compagnie Maritime) pour les traversées de retour en vue de fournir une provision de lait frais pour les bébés et quand les bateaux arrivaient à Londres, les chèvres aux oreilles pendantes et au nez arrondi (roman) étaient recherchées par des éleveurs de chèvres connaisseurs.

Elles furent croisées avec des chèvres britanniques et le croisement prit le nom de « Anglo nubian » vers 1893. A la fin du siècle, quatre mâles furent ramenés des districts de Jumma Pari en Inde et de Nubie au Moyen Orient. Comparé à celui d’autres espèces, leur lait a à la fois une forte teneur en matières grasses et en protéines et pour cette raison, il suscite l’intérêt des fabricants de fromages. En ajoutant seulement une petite quantité de lait anglo nubien, le rendement en fromage augmente. L’espèce s’adapte aussi, à la production de viande.

La tête de l’Anglo-nubienne est petite avec un nez « roman » arrondi prononcé. Les oreilles longues et pendantes sont placées bas sur la tête, larges et ouvertes. Elles sont plus longues que le nez si on les mesure. Le corps est long, plus haut aux hanches que celui des Saanen

Chèvre Anglo-Nubienne

Chèvre Anglo-Nubienne

Photo: Nubian Breed Society of NZ

La Murciano-Granadina

Cette chèvre espagnole est une excellente laitière à la robe noire ou caoba (marron).

Elle est généralement sans cornes. Ses mamelles sont amples, volumineuses et symétriques. La production moyenne obtenue par les animaux au contrôle laitier est proche de 500 litres en 210 jours de lactation avec 4,8 -5 % de MG et 3,2-3,4 % de MP. Certains troupeaux atteignent les 730 kg en 210 jours. Il y a en général une seule traite par jour qui est réalisée à la main. La traite mécanique a été introduite dans certains troupeaux. Le système d’exploitation le plus traditionnel est le pâturage pendant toute l’année, en troupeau de 40 à 70 chèvres conduites par un berger. Une ration complémentaire à base de concentrés est administrée le soir en chèvrerie. Des systèmes plus intensifs se mettent aujourd'hui en place.

Chèvre Murciano-Granadina dans son habitat naturel

Photo: FAO/ACRIMUR

L’Algarvia, les chèvres aussi ont leur normande

La robe de cette chèvre portugaise rappelle étrangement celle des vaches normandes. C’est une chèvre de petite taille à profil incurvé. Le poil est court. La couleur blanche est prédominante avec des tâches noires ou brunes. Quelques animaux ont les poils longs sur l’arrière, le ventre et plus rarement sur le front. La tête a une forme triangulaire. Les cornes sont rares. L’origine de la race n’est pas connue. Il se peut que ce soit un croisement d’une race locale avec une race exotique.

Cette chèvre est principalement élevée de façon extensive sur les collines pauvres de la région de l’Algarve.

Chèvre Algarvia

Chèvre Algarvia

Photo : SOCIEDADE PORTUGUESA
DE OVINOTECNIA E CAPRINOTECNIA

Cornes, pampilles et barbichette…

Certaines chèvres naissent sans cornes, on les appelle des chèvres mottes. L’absence de cornes, qui dépend d’un gène pléiotrope dominant, s’accompagne d’une masculinisation du phénotype femelle qui conduit à la stérilisation progressive du troupeau.

Les pampilles sont des petits bouts de peau recouverts de poils situés sur le cou de certaines chèvres. A ce jour, on ne leur a trouvé aucune utilité.

Beaucoup de chèvres possèdent une barbichette mais pas toutes, elle indiquerait la présence d’ascendants communs. Une Alpine à barbichette a par exemple sûrement dans ses ancêtres une Poitevine.