Les systemes alimentaires caprins au fil du temps

pâturage des chèvres

Photo : Pierre Styblinski

Les systèmes alimentaires ont toujours constitué une des spécificités de la production caprine par leur diversité et leur caractère évolutif dans le temps.

En spécialisant leurs exploitations, les éleveurs caprins ont adapté le système alimentaire à la taille de leur cheptel en intensifiant les cultures fourragères et en simplifiant leurs récoltes et leurs distributions.

Des systèmes d’alimentation traditionnels ...

Au début des années 70, dans les troupeaux de petite taille, le système fourrager traditionnel repose essentiellement sur le pâturage des chèvres. Durant la période hivernale, les cultures fourragères sont représentées par la luzerne récoltée en foin, les betteraves et les  crucifères (choux, colza) distribués frais. Les céréales assurent alors la complémentation énergétique de la ration de base. Des tourteaux, achetés à l’extérieur, augmentent la valeur azotée du mélange. Toutefois, ces achats sont encore peu développés. L’exploitation fonctionne alors en relative autarcie. Le glanage est encore autorisé, et les chèvres sont promenées dans les champs après les moissons ou sur le bord des chemins. Bien souvent, l’élevage des chèvres est alors réservé aux femmes, de même que la gestion de la basse cour.

...vers une intensification de l’alimentation

Chronologiquement, le « pâturage  au piquet » s’est transposé en pâturage libre dans les prairies. L’apparition de la clôture électrique est alors une révolution technique. Elle limite le temps de gardiennage. Ultérieurement,  l’affouragement en vert connaît un développement important dans le milieu des années 70 dans les exploitations plus intensives. En dehors de la période hivernale, l’herbe récoltée mécaniquement sur la prairie, grâce à l’autochargeuse, est distribuée à l’auge en chèvrerie. Les prairies sont alors mieux valorisées, plus productives et les infestations parasitaires liées au pâturage tendent à disparaître. De plus, cette distribution exclusive et permanente de fourrages à l’auge réduit le travail d’astreinte de l’éleveur.

Photo : Pierre Styblinski

L’intégration du maïs ensilé dans la ration des chèvres autorisera ensuite l’accroissement de la charge animale par hectare. Il est alors possible d’alimenter plus de chèvre sur chaque hectare cultivé.

L’apparition impromptue de l’ensilage de maïs : l’intensification fourragère par adaptation...

La chèvre présente un comportement spécifique qui se traduit par un choix très prononcé des fractions fourragères ingérées. Jusqu’en 1976, les éleveurs caprins sont historiquement hostiles à l’incorporation d’ensilage de maïs dans la ration de leurs chèvres. Ce fourrage était réservé aux bovins. Toutefois, la grande sécheresse de 1976 ayant terriblement réduit les stocks fourragers des éleveurs, certains chevriers ont été involontairement conduits à ensiler le maïs et non a le moissonner. A leur grand étonnement, les chèvres ne boudaient pas ce nouveau fourrage et semblaient le valoriser correctement. Dans des exploitations toujours plus nombreuses, le maïs a pris une place prépondérante dans les superficies consacrées aux chèvres. Il a fait reculer les prairies et d’autres cultures fourragères (choux, colzas, betteraves, etc...).

Au début des années 1990, les systèmes alimentaires basés sur le maïs ensilage constituaient près de 40 % des systèmes alimentaires des élevages caprins du Grand Ouest.

En conclusion de cette partie sur l’alimentation des chèvres, nous retiendrons que les éleveurs ont dû, au fil des années, maîtriser le rationnement de troupeaux de taille toujours croissante.

Dans cette recherche, ils se sont affranchis des aléas du milieu extérieur en maintenant leurs troupeaux en stabulation permanente. Ils ont adapté leurs pratiques zootechniques et agronomiques à leur environnement économique.

Toutefois, aujourd’hui, un retour de quelques troupeaux de chèvres au pâturage s’opère.

Dans l’assiette d’une chèvre

Une chèvre consomme approximativement une tonne de matière sèche d’aliments annuellement. Sa ration est composée de 40 à 70 % de fourrages selon les régimes, puis de céréales, de compléments achetés et éventuellement d’aliments déshydratés (luzerne ou pulpe de betteraves).

Entrent dans la composition de sa ration des fourrages : l’herbe verte (pâturée ou apportée à l’auge) ou fanée (foin de graminées et de légumineuses) ou ensilée, le maïs (vert ou ensilé), la paille.

Au jour le jour, les chèvres ont entre 2 et 5 repas. Une chèvre de 65 kg mange 2,7 kg de matière sèche par jour environ. A titre d’exemple en ration hivernale 1,8 kg de foin de graminées et de luzerne, 0,6 kg céréales, 0,4 kg de granulé acheté, 0,3 kg de tourteau de soja, des minéraux et vitamines et de l’eau propre à volonté.