Le terroir

Photo Amoureux

Poitou-Charentes, une région de transition

Pour la description du milieu physique et du point de vue géologique, la région Poitou-Charentes présente une position singulière. En effet, elle couvre un territoire où affleurent des roches de natures variées qui appartiennent à quatre principales unités géologiques : les deux massifs armoricain et central composés de roches magmatiques et métamorphiques et les deux bassins parisien et aquitain constitués de roches sédimentaires. Ces deux bassins du nord-est et du sud-ouest constituent un seuil où les roches anciennes s’élèvent à peu près au niveau actuel de la mer, c’est le seuil du Poitou.

La géographie fait de la région une terre de passage constituée par la plaine où passent les grandes voies qui font communiquer le Bassin parisien et le Bassin aquitain et comme bastion par les régions de la Gâtine et du Bocage restées longtemps difficilement pénétrables. Ce lieu de passage marqué par le seuil du Poitou est révélé tout autant par les routes de pèlerinages vers Saint Jacques de Compostelle, les traversées et les batailles guerrières…. et aujourd’hui l’autoroute A10 et le TGV Paris-Bordeaux. Les aires de production historiques s’inscrivent au cœur du seuil du Poitou sur cette zone de passage orientée nord-est/sud-ouest.

Le milieu

Le milieu physique de la région caractérise pour notre étude deux grandes zones distinctes de production pour l’élevage caprin :

la première située au nord-ouest de la région, en Deux-Sèvres et débordant sur le nord Vendée et le sud du Maine et Loire, constituée d’un sous sol granitique

Chèvre poitevine -

Photo Pierre Styblinski

Les roches magmatiques et métamorphiques qui affleurent principalement dans ce département des Deux-Sèvres (Gâtine et Bocage) et dans une moindre mesure au sud-est du département de la Vienne (vers Montmorillon) ou au nord-est du département de la Charente (Montbronnais et Confolentais) définissent un territoire plus ou moins vallonné, drainé par un réseau hydrographique dense et complexe composé de nombreux petits ruisseaux. Le maillage de haies vives confère à ce territoire humide une vocation d’élevage plus particulièrement orientée vers les productions ovine et bovine.

la seconde zone située au sud Deux-Sèvres, en Vienne et nord Charente constituée d’un sous sol de terres de groies et d’un paysage marqué par des plaines ouvertes ou vallonnées

Le soubassement des plaines du Haut Poitou qui s’étendent entre Thouars et Neuville du Poitou, de la plaine de Niort, de la plaine d’Aunis et de la Saintonge est constitué de terres de groies, c’est à dire de sols argileux et caillouteux fertiles, aujourd’hui favorables aux grandes cultures.

Pauvreté originelle des sols et amélioration des conditions agronomiques

Dans le monde et en France, les zones géographiques à fortes populations caprines sont généralement caractérisées par des conditions pédo-climatiques défavorables à l’agriculture. Paradoxalement, Poitou-Charentes présente globalement un potentiel agronomique riche et permet des rendements céréaliers ou fourragers élevés. Pourtant, historiquement, la zone originelle d’expansion de l’élevage caprin est une zone agricole pauvre à faible potentiel agronomique et peu valorisée par des intrants (engrais, fumure et traitements).

La méconnaissance des amendements calcaires rendait difficile l’élevage de la vache, ce qui explique que l’élevage de chèvres se soit implanté fortement dans les zones historiques, notamment dans la plaine de la Mothe-Saint-Héray à Lezay. L’élevage de chèvres permettait une valorisation de ces milieux difficiles et c’est ainsi qu’il s’est fortement implanté dans certaines zones, notamment dans la plaine de la Mothe-Lezay et du plateau Mellois.

Cette localisation historique de la production caprine particulièrement centrée sur les Deux-Sèvres a marqué l’identité caprine du département qui est rapportée par l’expression populaire « Les Deux-Chèvres ».

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l’expansion de la production caprine à l’ensemble de la région, associée à la richesse de ses sous sols, a autorisé l’intensification de l’alimentation des chèvres. Cette orientation agricole s’est notamment traduite par la pratique plus rapide du zéro pâturage. De même, ces conditions agronomiques régionales expliquent le succès du maïs ensilage dans les productions laitières dont la production caprine. Les éleveurs ont recherché son haut potentiel fourrager et sa richesse énergétique. Ces choix n’auraient pu être faits, ou plus difficilement, dans des zones caprines traditionnelles françaises comme la Corse, certaines parties du Rhône-Alpes ou de Provence moins adaptées à l’exploitation mécanisée des sols. De nos jours encore, la pratique du pâturage est restée largement plus pratiquée par les éleveurs de chèvres de ces régions.

Paradoxalement, si l’effectif régional caprin a pu connaître une augmentation importante depuis l’après Seconde Guerre mondiale dans un milieu naturel au potentiel  agronomique correct, il rencontre aujourd’hui une concurrence accrue avec les agriculteurs céréaliers. Si les sols sont aptes à une intensification de la production fourragère, ils le sont également pour la production des grandes cultures vers laquelle tendent les exploitations. Nous reviendrons sur cette évolution.

Vendée, Deux-Sèvres et Vienne : une région historique

Succinctement, d’un point de vue historique, le Poitou est l’une des plus vastes provinces de l’ancienne France, s’étendant de l’océan au Limousin, sur environ trois cent kilomètres. Lorsque les Constituants décidèrent de partager la France en départements, la logique historique aurait voulu que l’on reprit la division traditionnelle entre Haut Poitou et Bas Poitou, que séparait à peu près une ligne irrégulière suivant l’Autize et le Thouet. Pour une question de superficie moyenne des départements, on découpa la province en trois. C’est alors que le territoire de la Vendée fut pris pour l’essentiel dans le Bas Poitou et séparé des Deux-Sèvres et de la Vienne qui correspondent en grande partie à l’ancien Haut-Poitou.