Des annees 1970 a nos jours : d’une activite de diversification a une activite specialisee

Au niveau national, le début de cette période voit une profonde mutation de l’économie agricole qui a fait passer l’exploitation d’un système de polyculture-élevage relativement autarcique, à sa pleine intégration dans une économie de marché. Organisé au niveau national, le progrès technique en agriculture est alors permis par la mise en place de la recherche et du développement agricole. Parallèlement, la baisse des prix agricoles et la raréfactions de la main d’œuvre dans les exploitations ont induit des gains importants de productivité humaine et de spécialisation des exploitations. Celles ci se spécialisent dans une seule voire deux productions pour atteindre la meilleure technicité possible, avec la meilleure productivité du capital investi et du travail.

 

Au niveau régional, le développement de la production caprine est permis à cette époque par la conjonction de plusieurs paramètres socio-économiques:

un marché en expansion: il y a pénurie de lait de chèvre dans les entreprises laitières et sur le marché de la consommation.

un tissu d’entreprises laitières industrielles, principalement sous statut coopératif, présent dans la région : l’infrastructure de transformation laitière est dense sur l’ensemble du territoire régional. On comptait encore 18 laiteries en Poitou-Charentes en 1978, dont 17 entreprises coopératives.

une tradition fromagère et un savoir faire technologique : les industriels de la transformation laitière maîtrisent depuis quelques années la technique de report d’une partie du lait de chèvre collecté au printemps pour être transformé en automne et en hiver. Le ramassage du lait de chèvre dans les fermes est donc ininterrompu dans l’année. L’éleveur n’a plus a se préoccuper de la commercialisation de ses produits.

la présence de chèvres dans une exploitation sur trois en Deux-Sèvres en 1970. Elle facilite l’installation ou l’agrandissement des ateliers caprins :

grâce à un prix du lait de chèvre attractif pour les éleveurs.                                  

le rapport (prix lait de chèvre / prix lait de vache) =(0.84 F/l / 0,51 F/l) = 1,64, soit un prix du litre de lait de chèvre 60% plus cher que le litre de lait de vache.

par l’acquisition plus aisée d’un troupeau de chèvres qui représente un capital modeste pour les éleveurs.

Les orientations techniques empreintées ultérieurement par les éleveurs caprins prennent racine dans ce contexte originel. La recherche d’optimisation de l’efficacité technico-économique de l’élevage s’est renforcée au fil des années avec la technicité des éleveurs, le recours à la sélection génétique, la construction de bâtiments fonctionnels et la maîtrise d’une alimentation concentrée.

Les progrès du machinisme agricole ont également autorisé l’élévation de la productivité humaine du travail. La machine à traire, notamment, a considérablement amélioré la cadence de traite ainsi que les conditions de travail des éleveurs. Elle a déplafonné la dimension des cheptels à plus de 50 chèvres. De même, la révolution fourragère a permis cette intensification de l’élevage caprin en particulier, et de l’agriculture en général.

Ce développement de l’agriculture caprine productiviste a connu de belles années d’euphorie technique et économique.

POITOU-CHARENTES : UN LEADERSHIP NATIONAL RECENT

En 1970, le cheptel caprin de Poitou-Charentes comptant 218 200 animaux et 23,6 % des effectifs nationaux était placé en deuxième position après la région Rhône-Alpes qui détenait alors 26,7 % des chèvres (cf. tableau 2). Ces positions s’inversent dans les 10 ans qui suivent et, en 1980, la région compte 368 600 caprins soit une augmentation de près de 70 % en dix ans. C’est en 1990 que le Poitou-Charentes a détenu le plus de chèvres avec 418 400 caprins, et 33,8 % du cheptel national.

Tableau 2 : Evolution du cheptel caprin en France

       ANNEES

1955

 

1965

 

1970

 

1980

 

1990

 

2000

 

REGIONS

Total caprins

%

Total caprins

%

Total caprins

%

Total caprins

%

Total caprins

%

Total caprins

%

POITOU-CHARENTES

Dont Deux-Sèvres

147000

 

68000

11,4

 

5,3

244000

 

150800

24

 

14,9

218200

 

120000

23,6

 

12,9

368600

 

200000

29,7

 

16,1

418400

 

246000

33,8

 

19,8

382600

 

237000

32,3

 

20

RHONE-ALPES

323000

25

270000

26,6

247500

26,7

228300

18,4

167400

13,5

160400

13,5

CENTRE

137000

10,7

148000

14,6

143400

15,5

137500

11

146800

11,8

144300

12,1

AUTRES REGIONS

673000

52,5

352000

34,7

324900

35

507000

40,8

503700

40,7

497200

41,9

TOTAL France

1280000

100

1014000

100

924000

100

1241400

100

1236300

100

1184500

100

Source : Agreste - SAA

 

Figure 1 : Evolution du nombre de caprins par département entre 1862 et 1988

 

Des conditions agro-climatiques régionales favorables à la production caprine

Les potentialités agro-climatiques du Poitou-Charentes sont très distinctes des autres régions caprines françaises. De façon générale, les zones géographiques à fortes populations caprines sont caractérisées par des conditions pédo-climatiques défavorables à l’agriculture. Au contraire, en Poitou-Charentes, les possibilités de culture de nombreuses plantes fourragères sur des sols agronomiquement riches ont autorisé l’intensification de l’alimentation des chèvres. Cette orientation agricole s’est traduite par la pratique plus rapide du zéro pâturage avec l’accroissement de la taille des cheptels. De même, ces conditions expliquent également le succès du maïs ensilage dans la région. Les éleveurs ont recherché son haut potentiel fourrager et sa richesse énergétique. Ces choix n’auraient pu être faits dans d’autres régions françaises ou des adaptations différentes et intégrées ont  été prises par les éleveurs.

Evolution de la collecte de lait de chèvre

Dès 1980, le Poitou-Charentes collecte plus de 130 millions de litres de lait de chèvre et plus de 160 millions en 1990. La région est leader national. Toutefois sa prépondérance nationale s’érode au fil des années. En 2000, elle collecte 50,9 % du lait de chèvre national.

 

Tableau 3 : Evolution de la collecte de lait de chèvre

 

Années

Collectes France

(millions  litres)

Collectes Poitou-Charentes

(millions litres)        (% France)

Livraisons Deux-Sèvres

(millions litres)       

1960

1966

1969

1975

1980

1985

1990

1995

2000

127,8 (1)

113,0

105,0

153,0

205,0

182,8

256,1

271,8

327,0

       40,7  (1)           31,8 (1)

51,5                  45,5

64,4                  61,3

107,1                70

135,9                66,3

126,8                69,3

167,0                65,2

155,3                57,1

166,7               50,9

 

     23,0 (1)          

30,5                

39,4               

59,5               

77,7             

72,3                

96,0                

92,8                

93,4                

         Source : Agreste – EAL

    1. en 1960, lait utilisé pour la fabrication de fromages

Structure des élevages : entre adaptation et révolution

On observe au niveau régional une érosion forte du nombre de livreurs de lait de chèvre en 30 ans, corrélée à une progression régulière du lait livré par exploitation.

Quant à la taille des cheptels, en 1978, 90 % des troupeaux caprins en Deux-Sèvres détenaient moins de 50 chèvres. En 1995, ce pourcentage est tombé à 27 %. La taille moyenne des cheptels caprins est ainsi passée de 23 chèvres en 1978, à 44 en 1988 puis 125 chèvres en 2000 (cf. tableau 4).

On mesure au travers de ces quelques chiffres le niveau d’intensification technique et de spécialisation, mais également de désertification qui se sont opérés dans nos campagnes ces trente dernières années.

Tableau 4 : Evolution du nombre de livreurs de lait de chèvre dans la région Poitou-Charentes  et de la taille des troupeaux caprins en Deux-Sèvres entre 1968 et 1998.

 

Années

Livreurs

Région     Deux-Sèvres

Livraisons (hl)

Région     Deux-Sèvres

Livraison/livreur en

Deux-Sèvres (litres/an)

Taille des cheptels

en Deux-Sèvres

1968

-

616400            378400

-

-

1978

    -                   5 430

1113600          750 000

13 800

23

1988

5668               2 816

1412000          818 000

29 050

44

1998

2095              1 153

1659400         1 012 700

86 820

125

Source : Agreste - SAA