La paysanne et ses chevres au XIXème siecle.

Au XIXème siècle, le Poitou agricole sort enfin du marasme. Les anciens et nouveaux propriétaires, fermiers et métayers, veulent tirer profit d’une terre reconnue potentiellement fertile et jusque là mal exploitée. L’emploi de la charrue en fer, de la chaux, la disparition des jachères au profit des cultures fourragères autorisent l’élevage du gros bétail. Une augmentation considérable des rendements et un commerce soutenu des denrées sont à la base d’un renouveau agricole qui trouve son apogée entre 1850 et 1880, amorcée dès 1830 c’est à dire une fois le calme retrouvé dans tout le pays.

En général, les productions sont bonnes, un solide courant des affaires fortifie cette situation. Les jours de foires et marchés dans les chefs lieux de canton sont jours d’affluence. Les femmes participent activement à ce développement. Elles se rendent en ville panier sous le bras, en carriole pour les plus aisées, vendre aux dames des bourgs et des villes : volailles, œufs, beurre et fromages : Chabichou dans le Thouarsais et le Loudunais, Mothais sur feuille dans le sud des Deux Sèvres. Au printemps elles vendent les chevreaux. La basse-cour et les chèvres sont leur propriété. Ce sont elles qui vendent et l’argent récolté pour la première fois est le leur. L’épicerie, la couture (mercerie) les vêtements seront le plus souvent payés par l’argent du marché. Les chèvres entretiennent la maison, les femmes sont ravies. Le fermier commence à supporter les chèvres. Toutefois, le faible pouvoir des femmes dans les sociétés rurales traditionnelles explique en partie l’évolution plus lente de la production caprine.

grand-mère poitevine

L’abondance de la production incite des volaillers à s’installer pour expédier cette marchandise hors de la région. Des marchés sont réputés pour leur approvisionnement en fromages : La Mothe Saint-Héray, Melle, Saint Maixent, La Crèche, Chef Boutonne, Brioux, Pamproux dans les Deux Sèvres, Rouillé, Saint Sauvant, Lusignan, Chauvigny dans la Vienne, Villefagnan en Charente. Les routes sont refaites vers 1850, et le chemin de fer permet des envois réguliers à Paris, Bordeaux et autres villes. Les volaillers localisés dans les « zones à chèvres » vont favoriser la production des fromages et les acheter affinés ou encore blancs. Dans le canton de Sauzé Vaussais, une dizaine de fromageries artisanales s’installent pour terminer l’affinage des fromages achetés sur les marchés ou lors de tournées de ramassage à la campagne. A Saint-Loup sur Thouet, en 1892, un fromager s’installe pour ramasser les fromages puis le lait de chèvre.
Toutes les semaines, les journaux des chef-lieux de canton publient les cours des fromages.
Dans les grandes zones caprines du Mellois et du Thouarsais, là où il n’y a pas de vignes, chaque ferme et maison du village possèdent deux ou trois chèvres. La fermière, la femme du maréchal ferrant ou du cantonnier, toutes ont des chèvres. Même dans les faubourgs des petites villes, les femmes les imitent.